Vernissage le jeudi 12 novembre, 18h-21h
du 13 au 15 novembre,
14h-19h
The Silent Watchers
"Entre les murs de La Louisiane, le temps garde l’empreinte des corps de passage et la mémoire des insomnies créatrices. Des manuscrits de la Beat Generation aux solos de Miles Davis, cet hôtel de la rue de Seine a longtemps été le refuge des esprits insoumis ; véritable pendant parisien du Chelsea Hotel, où la marge s’impose comme un territoire de survie. À l’occasion de Photo Saint-Germain, neuf chambres ouvrent leurs portes aux fictions de l’ombre. L’exposition métamorphose l’hôtel en un territoire affranchi, un refuge poétique où dialoguent le désir, la nuit et le refus des normes.
À travers des photographies et films réalisés par neuf artistes des années 1960 à nos jours, les œuvres révèlent l’éclat des subcultures, des secrets gardés et des fragments de vie volés. Entremêlant archives intimes et visions contemporaines, le parcours redonne corps aux trajectoires oubliées et aux vies clandestines. La chambre cesse alors d’être un simple abri pour devenir un sanctuaire de la vulnérabilité et des géographies de l’intime."
Martha Kirszenbaum
Tom Wood
De 1979 à 1986, Tom Wood s'immerge dans la faune nocturne du club Chelsea Reach près de Liverpool. Ses clichés intimes captent l'effervescence des corps sur le dancefloor autant que la suspension des silences — des désirs en attente, des gestes fugaces, la tendresse et la solitude des fins de nuit. Présentées à La Louisiane, ces archives inédites dévoilent les rituels d'une jeunesse insoumise et festive, transformant l'espace de passage en un territoire habité par ses plus belles ombres.
Chantal Akerman
Dans son film de 1972 Hotel Monterey, Chantal Akerman sonde la solitude urbaine à travers l'errance silencieuse de sa caméra dans un hôtel new-yorkais. Du hall jusqu'au toit, les couloirs fluorescents, ascenseurs et figures spectrales composent une méditation poétique sur l'attente et l'anonymat. En faisant écho à La Louisiane, le film transforme l'abri de passage en un territoire hanté où le temps se dilate, révélant la beauté mélancolique des vies clandestines et des présences invisibles.
Alassan Diawara
Dans Les Candidates, Alassan Diawara réactive un fonds d’archives capté lors d'un concours de beauté de la diaspora ouest-africaine en Belgique. Loin du spectacle, son regard s’attache aux corps, aux attitudes, aux instants d’attente et à ce que leur présence produit dans l’espace. Elles s'y mettent en scène à leurs propres conditions : des figures diasporiques qui, en marge des regards dominants, inventent leur propre visibilité et transforment la mémoire en un acte de résistance poétique.
Tohé Commaret
À la croisée du cinéma expérimental et du documentaire, Tohé Commaret filme des lieux de passage où l’intime et le politique se confondent. Dans Rosa, une flaque rouge ouvre et clôt le film, seuil entre vie et mort. Une salle de banquet impersonnelle et des topographies inquiétantes portent l’empreinte spectrale de l’histoire et l’angoisse de n’appartenir à aucun endroit. Entre image et son, mémoire et identités fluides s’y déploient : dans ces espaces liminaux, suspendus, le désir et l’intériorité des femmes trouvent refuge.
Linda Zgengová
Basant sa recherche sur les transformations sexuelles et spirituelles, Linda Zhengová explore les lieux où la raison s’effondre. Orbitant autour des érotismes du corps, du cœur et du sacré chers à Bataille, elle perçoit la folie non comme une pathologie, mais comme un accès à la liberté. Ses images captent l’aura d'un soi qui se dissout entre extase et enfer. La chambre devient alors un sanctuaire psychique, une cartographie intime oscillant entre trouble et empathie.
Jill Westwood
Figure radicale des undergrounds londoniens des années 1980, Jill Westwood explore l’art comme un territoire de vie affranchi. Dans l'intimité du cadre domestique, ses autoportraits et pannes de pouvoir mettent en scène une féminité dominante, vêtue de latex et armée d’un regard souverain. Subversives et théâtrales, ses œuvres questionnent le désir, les dynamiques BDSM et la réappropriation des corps. La chambre devient ici le théâtre secret où la vulnérabilité s'inverse et où s'invente une érotique du refus.
Karol Radziszewski
Mêlant polaroids, clichés au téléphone et archives intimes, Karol Radziszewski documente les rencontres et fêtes qui traversent son appartement varsovien. Entre amis, amants ou modèles, les figures photographiées brouillent la nature des relations et dissolvent la frontière entre intime et public. En reconstituant cet espace domestique à La Louisiane, l'œuvre épouse l'ambivalence de l'hôtel : un refuge transitoire où vibre la mémoire de vies queer et insoumises.
Michella Bredahl
Entre vulnérabilité et compassion, Michella Bredahl capture l’intimité brute de ses proches dans des instants sans fard. Prolongeant un fil familial marqué par l'ombre de l'addiction, ses portraits réinventent la féminité comme une expérience fluide et plurielle. En retournant la pose allongée — motif historique réapproprié —, l'artiste transforme la mémoire de la souffrance en un espace de réclamation. Les corps s'y révèlent complices, offrant un sanctuaire de tendresse et de résilience.
Michel Auder
Témoin privilégié de la scène underground new-yorkaise dès 1969, Michel Auder capture la vie du Chelsea Hotel, où il réside alors avec l'actrice Viva Superstar. À travers des fragments vidéo intimes, son film dresse le portrait brut d'Andy Warhol et de sa faune créative. En écho au légendaire hôtel américain, l'œuvre résonne ici avec la mémoire de La Louisiane : deux refuges jumeaux où les marges artistiques, les insomnies et l'art de vivre clandestin s'érigent en territoire de liberté absolue.
Hôtel La Louisiane
C’est dans un écrin de tous les chaos, libertés, bavardages insensés et pourtant précieux que l’Hôtel La Louisiane a construit son identité ; au 60 rue de Seine en plein cœur de Saint‑Germain‑des‑Prés. Depuis Rimbaud et Verlaine, les artistes, créateurs et voyageurs en quête d’étonnements s’installent le temps d’un bref séjour, d’une résidence — parmi ceux qui y ont vécu : Jean‑Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Juliette Gréco, Lucian Freud, Albertine Sarrazin, Syd Barrett, Keith Haring, Quentin Tarantino et d’autres contemporains à qui l’Hôtel La Louisiane doit la discrétion.